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La Chronique des Bridgerton, la diversité à la sauce Netflix

Je n’ai pas résisté à cette série qui fait actuellement le buzz et qui m’inspire des sentiments mitigés. La grande originalité de la série est de mélanger des acteurs à la peau blanche et des acteurs à la peau noire dans un contexte – le 19e siècle – où cette mixité constitue un anachronisme. Ce parti pris n’est pas sans intérêt , puisqu’il permet à des acteurs à la peau noire de jouer des rôles dont ils sont généralement exclus dans les drames historiques.  Elle nous confronte à nos préjugés, offrant à notre regard un monde où les nobles et la reine d’Angleterre elle-même peuvent aussi bien être noirs que blancs. Historiquement, un tel parti pris représente une hérésie, mais ce genre de convention n’est  pas nouvelle au cinéma et au théâtre: jusqu’à une époque relativement moderne, les personnages féminins au théâtre étaient joués par des acteurs de sexe masculin et on a vu dans certains vieux films américains des acteurs blancs grimés en noirs. Pourquoi pas des acteurs noirs jouant des personnages blancs? Rien de critiquable donc, si ce n’est l’impression que Netflix en fait peut-être un peu trop dans sa volonté affichée de promouvoir la diversité. Pour faire bonne mesure, on a aussi une actrice un peu ronde et pour la représentation des personnes à mobilité réduite, une Lady qui se déplace avec une canne. Evidemment, en gommant les différences sociales entres blancs et noirs, la série occulte totalement l’horreur de l’esclavage qui sévissait pourtant à l’époque. On peut le regretter, mais ce n’est pas le propos ici.  La politique de diversité de Netflix trouve cependant vite ses limites. La série ne s’attarde guère sur la condition des pauvres et des domestiques, que l’on entrevoit à peine. On est loin de Dowton Abbey. Les personnages sont pour la plupart beaux, jeunes, minces et d’une édifiante vacuité.

Mais là où la série déçoit, c’est dans sa manière de représenter la condition féminine. L’héroïne, Daphne, jeune oie blanche n’a d’autre velléité que de se conformer en tous points au rôle d’épouse et de mère que la société lui réserve.  Il suffit de voir l’autosuffisance avec laquelle elle défile lors de sa présentation à la reine dans le premier épisode. Il est assez intéressant de la comparer au personnage d’Elisabeth Bennett, l’héroïne du roman de Jane Austen « Orgueil et préjugés » écrit à peu près à l’époque à laquelle se déroule la série. Par contraste, Elisabeth Bennett nous apparaît comme une jeune femme étonnamment moderne. Elle sait tenir tête à M. Darcy sans compromettre son intégrité et mise plus sur son esprit que sur son apparence.

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